Table Ronde

  • Septembre 1939. L'espoir d'échapper à la guerre sur lequel se concluait Étés anglais est révolu.
    La Pologne est envahie et la famille Cazalet apprend l'entrée en guerre de l'Angleterre. À Home Place, les adultes tentent de maintenir la routine quotidienne, régulièrement bousculée par les raids allemands.
    Louise, la fille d'Edward et de Villy, a 18 ans et rêve toujours de jouer Hamlet. Elle devra d'abord passer par une école de cuisine, où elle fera la rencontre de Stella Rose, jeune fille d'origine juive à l'esprit mordant. Au grand dam de sa famille, Louise fume, porte des pantalons, et c'est avec un mélange de curiosité et de mépris que ses cousines l'observent rejoindre le monde des adultes.
    Clary, dont le père Rupert est porté disparu quelque part sur les côtes françaises, renseigne scrupuleusement chaque parcelle de sa vie dans des carnets. Convaincue que son père est encore vivant, elle élabore mille scénarios expliquant son silence, allant jusqu'à envoyer une lettre au général de Gaulle.
    Polly, sa meilleure amie, est tourmentée par son manque de vocation comme par la vie de couple de ses parents.
    Sa mère souffre depuis des mois d'un mystérieux mal de dos. Les discours pacifistes et la sensibilité du cousin de Louise, Christopher, font naître chez elle les premiers sentiments amoureux.
    Sur fond de conflit mondial, l'auteure explore la difficile transition entre l'enfance et l'âge adulte et le changement des mentalités amorcé dans les années 1940. Elle touche aux angoisses et aux secrets les plus enfouis en chacun, l'infidélité au sein du couple, la rivalité mère-fille, le deuil. De Home Place à Londres, la guerre et la terreur d'une possible défaite ne semblent jamais loin, et c'est toujours avec la même modernité, la même remarquable psychologie des personnages, qu'Elizabeth Jane Howard nous fait mesurer l'impact de la Seconde guerre mondiale sur un pays qui n'a pas encore digéré la première.

  • Juillet 1937. À Home Place, propriété familiale au coeur du Sussex, la Duche orchestre le ballet des domestiques avant l'arrivée de la famille au grand complet. Ses trois fils, Hugh, Edward et Rupert Cazalet, dont deux sont revenus indemnes - ou presque - de la dernière guerre, sont en chemin depuis Londres avec épouses, enfants et gouvernantes, pour un séjour de plusieurs semaines. Jardiniers, femmes de chambre, cuisinière et aides cuisinières sont sur le pont pour répartir les pots de chambre, tailler les haies, établir le menu de chaque repas et faire briller les services à thé. Où dormira Clary, la fille de Rupert, pré-adolescente mal dans sa peau en plein conflit avec sa belle mère ? Quelle robe portera Villy, la femme d'Edward, ancienne ballerine en manque d'occupation malgré ses trois enfants ? Réussira-t-on à apaiser Polly, la fille de Hugh, terrorisée à l'idée qu'une guerre éclate ? Sa cousine Louise, qui rêve de devenir actrice et d'incarner le roi Lear, un rôle interdit aux filles, apporterat- elle toute sa bibliothèque ? Et Rachel, la seule fille de la Duche, restée auprès de ses parents, trouvera-t-elle un moment au milieu de ce branle-bas de combat pour ouvrir la précieuse lettre de son amie Sid ?
    Si l'été regorge encore d'incertitudes, on entend sans l'ombre d'un doute approcher le grondement d'une nouvelle guerre. Les après-midi dans le jardin, parties de tennis, balades à cheval, pique-niques sur la plage et soirées auprès du gramophone se succèdent. Les non-dits, chamailleries, chagrins et profonds bouleversements s'entrecroisent.
    Aux préoccupations des adultes font écho les inquiétudes des enfants, et à la résilience des femmes, qu'elles soient épouses, fillettes ou domestiques, répond la toute puissance, ou l'impuissance, des hommes. Mais chacun garde un oeil, inquiet ou insouciant, sur la tempête dévastatrice qui s'annonce.

  • « «Tu n'auras jamais de mari avec tes genoux écorchés, tes cheveux en bataille et ta folie des livres», déclarait-elle. Elle ne soupçonnait pas que, la guerre venue, il y aurait pires obstacles que les livres et les écorchures pour empêcher Violet de trouver un mari. » 1932. Violet Speedwell est l'une de ces millions de femmes anglaises restées célibataires depuis que la Première Guerre mondiale a décimé toute une génération de fiancés potentiels.
    Méprisées dans les journaux, tolérées par les familles malgré une condescendance exaspérée, elles vivent à une époque où les attentes de la société quant à l'avenir des femmes sont des plus rigides. Des attentes que Violet est sur le point de faire voler en éclats.
    En quittant Southampton et sa mère acariâtre pour s'installer à Winchester, où elle continue de travailler comme dactylo pour une compagnie d'assurances, elle espérait trouver de nouveaux amis, une nouvelle vie.
    En s'arrêtant dans la cathédrale un jour qu'elle est partie acheter un ruban de machine à écrire, elle découvre un cercle de brodeuses occupées à confectionner des coussins et agenouilloirs.
    Violet, qui n'était pas particulièrement douée pour la couture, y trouvera l'amitié, le soutien et la créativité capables de rivaliser avec le dédain et les préjugés.
    En toile de fond, la montée du fascisme sur le continent :
    Hitler arrive au pouvoir en Allemagne...
    Dans ce monde encore hostile aux femmes, Violet n'a d'autre choix que de s'affirmer. Son histoire s'inspire de celle de Louisa Pesel, la fondatrice du cercle des Brodeuses de la cathédrale de Winchester.

  • C'est par une tragédie que débute le nouveau roman d'Alice McDermott, reprenant le décor de Someone - le quartier irlandais de Brooklyn au début du xx e siècle.
    Annie, une jeune immigrée enceinte, trouve en rentrant chez elle le corps de son mari qui s'est suicidé.
    Pour subvenir seule à ses besoins, elle se fait employer à la laverie du couvent local. En échange, les soeurs l'aident à élever sa fille Sally. Alors que l'enfant devient adolescente, l'influence à la fois stricte et bienveillante des bonnes soeurs, ainsi que les enseignements de l'Église, prennent racine en elle. À dix-huit ans, Sally commence son noviciat en accompagnant soeur Lucy et la pétillante soeur Jeanne dans des maisons encombrées, au chevet des malades les plus misérables.
    Le roman, par d'habiles ellispes temporelles, couvre trois générations, explorant l'existence et le parcours d'Annie, de Sally et des enfants de cette dernière.

  • Le 1er décembre 1969, Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac huppée de la côte Est, voient leur destin se jouer en direct à la télévision alors qu'ils assistent, comme des millions d'Américains, au tirage au sort qui déterminera l'ordre d'appel au service militaire de la guerre du Vietnam. Un an et demi plus tard, diplôme en poche, ils passent un dernier week-end ensemble à Martha's Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, le quatrième mousquetaire, l'amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
    Septembre 2015. Lincoln s'apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l'île. À bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le «beau gosse» devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d'angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley. Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu'est-il advenu d'elle? Qui était-elle réellement? Lequel d'entre eux avait sa préférence? Les trois sexagénaires, sirotant des bloody-mary sur la terrasse où, à l'époque, ils buvaient de la bière en écoutant Creedence, rouvrent l'enquête qui n'avait pas abouti alors, faute d'éléments. Et ne peuvent s'empêcher de se demander si tout n'était pas joué d'avance.

  • Constellations ; éclats de vie Nouv.

    « J'en suis venue à voir tout le métal qui se trouve dans mon corps comme autant d'étoiles artificielles, scintillant sous la peau, une constellation de métal ancien et neuf. Une carte, un tracé de connexions, un guide pour regarder les choses sous différents angles. » Comment raconter l'histoire d'une vie à travers un corps, qui passe par divers stades, la maladie, la force, la maternité ? Comment raconter cette histoire quand on est non seulement une femme, mais une femme en Irlande ? C'est précisément ce que fait Sinéad Gleeson dans Constellations.
    Toute la vie se trouve dans ces pages, de la naissance au premier amour, de la gestation à la maternité, en passant par la maladie terrifiante, la vieillesse et la mort elle-même.
    Un recueil vaste et varié qui se tourne aussi, d'un oeil tourmenté, vers l'extérieur, plongeant dans le travail, l'art et notre façon de percevoir le monde. À sa manière, d'une voix vive et généreuse, Sinéad Gleeson nous emmène en voyage, un voyage à la fois très personnel et à la résonnance universelle. De la joie et de la douleur féroces d'être en vie.

  • Canción

    Eduardo Halfon

    Par un matin glacial de janvier 1967, en pleine guerre civile du Guatemala, un commerçant juif et libanais est enlevé dans une ruelle de la capitale. Pourquoi ? Comment ? Par qui ? Un narrateur du nom d'Eduardo Halfon devra voyager au Japon, retourner à son enfance dans le Guatemala des années 1970 ainsi qu'au souvenir d'une mystérieuse rencontre dans un bar miteux - situé au coin d'un bâtiment circulaire - pour élucider les énigmes entourant la vie et l'enlèvement de cet homme, qui était aussi son grand-père.

    Eduardo Halfon, dans ce nouveau livre, continue d'explorer les rouages de l'identité. En suivant à la trace son grand-père libanais, il entre avec lui dans l'histoire récente, brutale et complexe, de son pays natal, une histoire dans laquelle il s'avère toujours plus difficile de distinguer les victimes des bourreaux.

  • À 61 ans, Emmanuel Joyce est un dramaturge à succès. Accompagné de sa femme Lillian et de son manageur dévoué Jimmy Sullivan, qui partage leur vie nomade, il s'apprête à quitter Londres le temps de repérer une jeune comédienne pour sa nou- velle production à Broadway. Le trio est rejoint par Alberta, la nouvelle secrétaire de 19 ans, tout droit sortie du presbytère de son père dans le Dorset. À New York, alors qu'aucune candidate au rôle ne fait l'affaire, surgit l'idée de le confier à l'ingénue.
    S'ensuit un nouveau départ, direction l'île d'Hydra, loin des insupportables mondanités du théâtre :
    Une chaîne de montagnes plongeant dans une eau transparente, des maisons d'un blanc éclatant entourées de cyprès et de figuiers. Là, Jimmy a six semaines pour apprendre le métier à Alberta, et Emmanuel l'espoir de renouer avec l'écriture. Lil- lian, quant à elle, hantée par la mort de leur fille, fragilisée par sa maladie de coeur et par les infi- délités répétées de son mari, peut jouir du soleil et de l'air de la mer. Pourtant, elle ne sait se dé- faire de ses tourments et soupçons : et si Emmanuel s'éprenait de la délicieuse Alberta ? Le temps d'un été brûlant, la dynamique qui lie les quatre exilés prend une tournure inattendue, et la vie de chacun change de cap.

  • Un clou chasse l'autre, dit le proverbe. Ainsi la généreuse et maternelle Hadley Richard- son a-t-elle été remplacée par la glamour Pauline Pfeiffer ; ainsi l'intrépide et célèbre Martha Gellhorn a-t-elle été éloignée par la dévouée Mary Welsh. C'est un fait : Hemin- gway était un homme à femmes. Seulement l'auteur du Vieil homme et la mer ne se conten- tait pas d'enchaîner les histoires d'amour. Il a voulu épouser ses maîtresses. L'une après l'autre, à l'issue d'un scénario qui ne variait que de quelques lignes, il en a fait des Mrs Hemin- gway : la passion initiale, les fêtes, l'orgueil de hisser son couple sur le devant d'une scène - la Côte d'Azur, le Paris bohème, la Floride assoif- fée, Cuba, l'Espagne bombardée... - puis l'al- cool, les démons, les noires pensées dont cha- cune de ses femmes espérait le sauver.
    Naomi Wood se penche sur la figure d'un colosse aux pieds d'argile, et redonne la voix à celles qui ont sacrifié un peu d'elles- mêmes pour en ériger le mythe.

  • En 1838, dans l'Ohio, les fièvres ne font pas de cadeau. À chaque début d'hiver, James Goodenough creuse de petites tombes en prévision des mauvais jours.
    Et à chaque fin d'hiver, une nouvelle croix vient omer le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes originaires du Connecticut. Mais la fièvre n'est pas le seul fléau qui menace les Goodenough :
    L'alcool a fait sombrer Sadie, la mère, qui parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent ; les caprices du temps condamnent régulièrement les récoltes de James, et les rumeurs dont bruisse le village de Black Swamp pointent du doigt cette famille d'étrangers. Heureusement, la visite de John Chapman, figure majeure de l'introduction des pommiers dans l'Ohio, la saveur d'une pomme mûre à point et la solidarité qui peut unir deux enfants partageant le même sort éclairent parfois l'existence de Martha et Robert Goodenough. Des années et un drame plus tard, frère et soeur sont séparés.
    Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il sera garçon de ferme , mineur, orpailleur, puis il renouera avec l'amour des arbres que son père lui a donné en héritage. Au fin fond de la Californie, auprès d'un exportateur anglais fantasque, Robert participe à une activité commerciale qui prendra bientôt son essor : il prélève des pousses de séquoias géants pour les envoyer aux amateurs du Vieux Monde. Auprès de Molly, cuisinière le jour, fille de joie la nuit, il réapprend le langage de la tendresse. De son côté, pendant toutes ces années, Martha n'a eu qu'un rêve : quitter sa prison mentale de Black Swamp et traverser les États-Unis à la recherche de son frère.
    Avec la précision et le sens du romanesque qui ont fait sa marque de fabrique, Tracy Chevalier plonge les mains dans l'histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres : de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de la Californie. Mêlant personnages historiques et fictionnels, À l'orée du verger rend hommage à la mémoire de ces nomades anonymes qui ont payé d'un lourd tribut la construction des États-Unis.

  • En rentrant chez lui un vendredi après-midi de tem- pête de neige, après une journée à l'université privée de Chosen où il enseigne l'histoire de l'art, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre - depuis combien de temps ?
    Huit mois plus tôt, il avait fait emménager sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie (mais ré- cemment repérée par de riches New-yorkais à la re- cherche d'un havre bucolique) où ils avaient pu acheter pour une bouchée de pain la ferme des Hale, une an- cienne exploitation laitière.
    George est le premier suspect, la question de sa culpa- bilité résonnant dans une histoire pleine de secrets per- sonnels et professionnels. Mais Dans les angles morts est aussi l'histoire des trois frères Hale, qui se retrouvent mêlés à ce mystère, en premier lieu parce que les Clare occupent la maison de leur enfance, celle qu'ils ont dû quitter après le suicide de leurs parents.
    Le voile impitoyable de la mort est omniprésent ; un crime en cache d'autres, et vingt années s'écoulent avant qu'une justice implacable soit rendue.
    Portrait riche et complexe d'un psychopathe, d'un ma riage aussi, ce roman étudie dans le détail les diverses cica- trices qui entachent des familles très différentes, et jusqu'à une communauté tout entière.

  • Quand Honor Bright se décide à franchir l'Atlantique pour accompagner, au coeur de l'Ohio, sa soeur promise à un Anglais récemment émigré, elle pense pouvoir recréer auprès d'une nouvelle communauté le calme de son existence de jeune quaker : broderie, prière, silence. Mais l'Amérique de 1850 est aussi périlleuse qu'enchanteresse ; soumise pour quinze ans encore à l'effroyable régime de l'esclavage, traversée de toutes sortes d'épidémies, torturée par une nature capricieuse, rien dans cette terre ne résonne pour elle d'un écho familier. Sa soeur emportée par la fièvre jaune à peine le pied posé sur le sol américain, Honor se retrouve seule sur les routes accidentées du Nouveau-Monde. Seule, aussi, pour se frayer une nouvelle vie. Très vite, elle fait la connaissance de personnages hauts en couleur, dont son expérience de jeune fille pieuse ne lui aurait jamais laissé soupçonner l'existence.
    Parmi eux, Donovan, le « chasseur d'esclaves », cet homme brutal et sans scrupules qui, pourtant, ébranle les plus profonds de ses sentiments. Mais Honor préfère se méfier des voies divergentes. En épousant un jeune fermier quaker, elle croit avoir fait un choix raisonnable. Jusqu'au jour où elle découvre que l'Ohio est traversé d'un « chemin de fer clandestin », réseau de routes secrètes tracées par les esclaves pour rejoindre les terres libres du Canada. Honor embrasse alors la cause des Noirs américains, et se jette dans une lutte subversive pour l'émancipation - la sienne, par-dessus tout - à l'issue de laquelle elle a autant à perdre qu'à gagner.
    Portrait intime de l'éclosion d'une jeune femme, fresque poignante sur la violence d'une époque, témoignage précieux sur les habitudes de deux communautés méconnues - les quakers et les esclaves en fuite -, La Dernière Fugitive confirme la grande maîtrise romanesque de l'auteur du best-seller La Jeune Fille à la perle.

  • Après la guerre civile, le capitaine Jefferson Kyle Kidd par- court le nord du Texas et lit à voix haute des articles de jour- naux, devant un public à ce point avide des nouvelles du monde qu'il est prêt à payer pour les entendre : les Irlandais migrent à New-York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatépetl, près de Mexico, est entré en éruption. Le vieil homme, veuf, qui a connu trois guerres et vivait jadis de son métier d'imprimeur, pro- fite à présent de sa liberté pour sillonner les routes, même si son corps le fait souffrir et que l'argent se fait rare.
    Lors d'une étape à Wichita Falls, on offre au capitaine Kidd une pièce d'or pour ramener une jeune orpheline à la fa- mille qu'il lui reste, près de San Antonio. Quatre ans aupa- ravant, des Indiens Kiowa avaient massacré les parents et la soeur de Johanna Leonberger, mais épargné la fillette, qu'ils avaient élevée comme une des leurs. À 10 ans, Johanna, les yeux bleus et les cheveux couleur sucre d'érable, vient une fois de plus d'être arrachée à son seul foyer par l'armée américaine. Le capitaine Kidd accepte cette mission, sa- chant combien le voyage sera long et difficile.
    Leur périple à travers des territoires vierges, sur des routes impitoyables, s'avère dangereux. Le gouvernement fédéral est aux mains d'une administration corrompue ; anarchie et illégalité ont pris le dessus. Le capitaine doit se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l'armée fédérale, et apprivoiser la sauvage Johanna. Pe- tite et maigrelette, l'enfant a oublié l'anglais, elle tente de s'échapper à la moindre occasion, veut à tout prix se dé- barrasser de ses chaussures et refuse de se conduire de fa- çon « civilisée ». Pourtant, au fil des kilomètres, elle baisse la garde pour se rapprocher de celui qu'elle nomme « Ka- pi-Dan ». À San Antonio, un autre obstacle les attend, et le respectable vieil homme se retrouve face à un choix terrible qui décidera du sort de Johanna - mais aussi du sien.
    Paulette Jiles situe son roman, finaliste du National Book Award, dans un territoire à la fois beau et inhospitalier, et explore les limites de la famille, de la responsabilité, de l'honneur, de la confiance.

  • Le point de départ de Deuils, c'est le retour du narrateur dans la maison de ses grands-parents où Salomon, son oncle, avait vécu avant de se noyer à l'âge de cinq ans dans le lac Amatitlan. A partir là, le récit se construit comme un puzzle narratif où se mêlent des souvenirs épars, afin de reconstituer l'histoire de sa famille. Mais comment faire la distinction entre les souvenirs bien réels et ceux que l'on a brodés à partir d'une image, d'une phrase, d'un non-dit, d'un mythe ? Car cette histoire de noyade n'a semble-t-il nullement marqué le petit frère du narrateur.
    Dans cette nouvelle pierre à l'édifice littéraire d'Eduardo Halfon, l'auteur guatémaltèque continue d'étudier les mécanismes de la construction d'identité et se concentre sur ceux qui prennent leur source dans les relations fraternelles. Un roman profond et émouvant, qui appuie la réputation de son auteur, un de ces écrivains qui savent dire beaucoup en peu de mots.

  • Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » dont l'existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d'un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique. Celle-ci, exclusivement composée d'hommes, la cantonne dans un rôle de figuration. Mary Anning trouve heureusement en Elisabeth Philpot une alliée inattendue. Cette vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l'accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d'une rivalité, elle reste leur meilleure arme face à l'hostilité générale. Après Jane Austen et Persuasion, après John Fowles et Sarah et le lieutenant français, Tracy Chevalier est le troisième écrivain à s'installer à Lyme Regis et à y puiser l'inspiration d'un roman. Dans Prodigieuses créatures, elle raconte l'histoire d'une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l'une des plus grandes découvertes du XIXe siècle.

  • Au début du XXe siècle, dans une petite ville anglaise bourgeoise et puritaine du bord de mer, Eustache et Hilda s'abandonnent aux plaisirs des jeux de plage. Eustache, délicat et sensible, est totalement dominé par sa soeur aînée Hilda, maternelle et passionnée. Un jour, Hilda pousse Eustache à aborder l'étrange Miss Fothergill, vieille et défigurée, qui se promène le long de la falaise. Eustache, qui vit dans une sorte de cocon où rien de ce qui est laid n'a sa place, est terrifié à l'idée de cette rencontre. Pourtant, il y sera contraint, et sa vie ainsi que celle de sa famille en seront bouleversées.
    Ce volume, complété de La Lettre d'Hilda, met en scène les principauxprotagonistes d'une trilogie romanesque qui conduit Eustache et Hilda de l'enfance à la maturité. La sensibilité et la finesse si caractéristiques de l'oeuvre de L.P. Hartley sont ici amenées à leur point culminant.

  • Trajectoire

    Richard Russo

    Un professeur d'université est plagié par l'un de ses étu- diants.
    Un autre se chamaille avec son frère lors de vacances en Italie.
    Un agent immobilier peine à vendre la maison d'une en- tasseuse compulsive, qui possède entre autres une ma- chine à expresso de la taille d'une motoneige.
    Un romancier se méfie de producteurs de cinéma qui lui demandent de remanier un scénario écrit des années au- paravant. « Un homme intelligent en serait resté là, songe- t-il, mais cet homme-là n'est visiblement pas dans les pa- rages. » Quatre histoires brèves mais puissantes et surprenantes, dont les héros, confrontés à des obstacles à première vue franchissables, s'empêtrent dans de véritables crises exis- tentielles. Avec son sens du détail et ses traits d'humour, Richard Russo a le chic non seulement pour trouver le point comique dans toutes ces situations, mais aussi pour faire s'entrechoquer le présent et le passé de ses person- nages, et mener dans ces récits une étude approfondie des regrets qu'ils ont accumulés au fil des ans.

  • Douglas Raymer est chef de la police de Bath, ancienne cité industrielle du New Jersey mal remise de la crise, voisine de la si pimpante Schuyler. Quand Dougie était collégien, sa professeur d'anglais écrivait dans les marges de ses rédac- tions : « Qui es-tu, Douglas ? » Trente ans plus tard, Raymer n'a pas bougé de Bath et il ne sait toujours pas répondre à la question. Dégarni, certes, enclin à l'embonpoint, veuf d'une femme qui s'apprêtait à le quitter. Pour qui ? Voilà une autre question qui torture Raymer. Car depuis la mort accidentelle de Becka, ce policier élu à la tête de son district presque mal- gré lui vit dans un brouillard, tout juste égayé par la présence de son assistante, la jeune Charice, policière noire fière de son identité. De l'autre côté de la ville, un septuagénaire passe sa retraite sur un tabouret de bar. Sully connaît tout Bath et tout Bath connaît Sully : buveur, fumeur, aussi sarcastique et rusé qu'un vieux loup de mer. Mais comment garder son flegme lorsque résonne encore le diagnostic des cardiologues : « Deux années, grand maximum » ? En regardant, peut-être, les gens passer. Or pour cela, Sully a l'embarras du choix. Il y a Rub, son acolyte bègue ; Carl, le magnat de la ville, qui passe ses nuits devant des films X dans l'espoir de retrouver sa forme d'avant-prostatite. Jerome, le frère jumeau de Charice, maniaque, amoureux de la syntaxe et de sa Mustang rouge.
    Alice, la femme du maire, qui passe des coups de fil imagi- naires depuis un téléphone cassé. Zack, le mari de Ruth, qui collectionne les vieux objets déglingués. Leur fille Janey, me- nacée par son ancien mari cogneur, à peine sorti de derrière les barreaux. Et puis Rub le chien, qui mordille son pénis en permanence... En quarante-huit heures d'un été torride qui voient - entre autres péripéties - Douglas Raymer s'évanouir au fond d'une tombe, un bâtiment du centre-ville s'écrouler mystérieusement et un cobra s'échapper d'un élevage clan- destin, tout ce petit monde à la dérive va se retrouver boule- versé. De course-poursuites en confessions, de bagarres en ré- vélations, Raymer, Charice, Sully et les autres vont apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences.
    Avec la virtuosité qu'on lui connaît, l'auteur du Déclin de l'Em- pire Whiting revient au roman pur dans cette symphonie hu- maine féroce et déjantée qui tient autant de Philip Roth que de David Lodge. Fidèle à la ville de North Bath, Russo pose sur ses habitants un regard caustique mais jamais perfide, qui déshabille la sexualité des uns, les frustrations des autres, et place toujours une lumière au bout du tunnel.

  • Séparée temporairement de son deuxième mari, Clare est de moins en moins sûre du rôle que les hommes devraient tenir dans sa vie. Son pre- mier mari, Richard, était bien plus âgé qu'elle, et son mépris pour la jeunesse s'était peu à peu transformé en en une glaciale indifférence. Jo- nathan, quant à lui, était trop facile : trop atten- tionné, trop inquiet, et puis aussi un peu pédant.
    Lorsqu'elle rencontre Joshua à une fête, l'ex- centrique Clare n'est pas tellement à la re- cherche de l'amour, mais elle n'en est pas moins impressionnée quand il éteint sa cigarette avec le pouce, et le conseil de sa nouvelle amie, Mrs Fox, la pousse encore un peu plus vers lui :
    /> « Prends un amant, l'exhorte-t-elle. Mieux vaut avoir un amant quand on est jeune qu'une né- vrose quand on est vieille. » Tendre, mélancolique et ironique, L'Embarras du choix est une histoire d'amour parfaitme- ment maîtrisée.

  • Ramón Gómez de la Serna était considéré par Valery Larbaud comme l'égal de Proust et de Joyce. Porte-parole du baroquisme hispanique moderne, il avait un humour terriblement innovant, qu'on peut rapprocher de celui d'Alfred Jarry, mais il y avait aussi du Kafka et du Borges en lui. Inventeur d'un sous-genre littéraire, la «greguería», sort d'aphorisme drôlatique, il a aussi publié de nombreux romans et nouvelles.
    Parues en 1948 à Buenos Aires, ses mémoires sont considérés par de nombreux critiques comme le chef-d'oeuvre de Gómez de la Serna.
    Couvrant la période allant de 1888 à 1948, le livre paraît lorsque l'écrivain a 60 ans. C'est un moment difficile de sa vie : déraciné dans l'exil argentin, oublié de tous après le drame de la Guerre civile, il sent la maladie et la vieillesse s'abattre sur lui. Cette autobiographie constitue une tentative désespérée pour faire revivre «le grand Ramón» : l'artiste qui dans les années 1920 surprenait par ses productions imprévisibles.
    Par-delà l'histoire personnelle de l'auteur, elle propose une somme des expériences stylistiques, poétiques, spirituelles et obsessionnelles qui constituent la marque - mi-avant-gardiste, mi humoriste, et tout à fait singulière - de ce grand écrivain.

  • Calme, intelligente et sage, Virginia Fly, professeur de dessin, est toujours vierge à trente et un ans. Ce qui ne l'empêche pas de nourrir des pensées d'une intensité que sont loin d'imaginer ses parents, chez qui elle vit.
    Son prétendant Hans, un professeur plus âgé, et son correspondant américain, Charlie, sont eux aussi bien loin des fantasmes de Virginia.
    Quand Charlie lui annonce sa venue en Angleterre, elle n'ose espérer qu'il puisse réaliser ses rêves enflammés. Et pourtant son arrivée coïncide avec la diffusion à la télé d'un reportage sur Virginia, qui voit soudain s'offrir à elle une pléthore d'opportunités de perdre sa virginité. Mais est-il une seule d'entre elles - y compris Ulick Brand, ce délicieux inconnu - qui pourra combler ses attentes ?
    Le Triomphe de Virginia Fly est finement observé, un roman captivant, à la fois tendre et d'un humour mali- cieux.

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